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Une blogueuse syrienne dans les griffes d'Assad

Publié le par M.Hermassi

La militante des droits de l'homme syrienne Razan Ghazzawi, le 26 mai 2011.

BEYROUTH CORRESPONDANCE - Au taxi qui transportait Razan Ghazzawi vers Amman, les services de sécurité syriens ont indiqué, à la frontière, qu'il pouvait poursuivresa route. Mais sans la jeune blogueuse, convoquée dans les bureaux, et sans son ordinateur, prestement confisqué.

C'est ainsi que dimanche 4 décembre, cette activiste de 31 ans, qui devaitparticiper en Jordanie à un forum sur la liberté des médias, a été arrêtée, rapporteMazen Darwich, président du Centre syrien pour les médias et la liberté d'expression (SCM). Les motifs de son arrestation, qui s'inscrit dans la répression exercée par Damas à l'encontre des contestataires du régime, ne sont pas connus.

Depuis six mois, Razan Ghazzawi avait rejoint le SCM, une ONG créée en 2004. Au sein de cet observatoire des médias et lieu de soutien aux journalistes et blogeurs, on lui a confié la responsabilité du bureau de presse. Sur le réseau socialTwitter, elle s'exprime sans détours contre le pouvoir. A visage découvert, elle anime aussi son blog, Razaniyyat, depuis 2008, et échange avec d'autres blogueurs.

Ses posts, en arabe ou en anglais, oscillent initialement entre des chroniques à la première personne, consacrées à sa sexualité, et des écrits plus engagés, pour les droits des Lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres (LGBT) ou la cause palestinienne. Sur sa page Facebook, elle se revendique "végétarienne""en révolte contre presque tout" et "genderqueer", une formule qui dit son refus de l'étiquetage sexuel. A partir de mars, ses posts sont entièrement consacrés à la révolte syrienne. Razan Ghazzawi dénonce un régime "monstrueux" et insiste sur la primauté de la rue dans l'insurrection syrienne. Un soulèvement qu'elle veut sans leaders, basé sur l'engagement des anonymes.

"Je n'ai plus peur"

La blogueuse, qui a passé plusieurs années au Liban, décrit ses sentiments, alors que la contestation se développe : l'impression que tout peut basculer, que les"projets d'émigration" peuvent être abandonnés du jour au lendemain. Un "mélange de dépression et d'espoir", dit-elle. Née aux Etats-Unis - où elle n'a jamais vécu - d'un père d'origine palestinienne et d'une mère native de Homs, cette jeune femme en révolte dit aussi son dédain de la répression. "Comprenez-vous que j'avais peur de manifester et que maintenant je n'ai plus peur ? Que j'avais peur d'être détenue et que maintenant nous ne pensons plus ?", écrivait-elle sur son blog.

Son ONG, dont le président, interpellé à deux reprises depuis le mois de mars, est interdit de sortie du territoire syrien depuis 2007, a demandé sa libération immédiate. Une page Facebook, lancée dans la foulée de son arrestation, a réuni près de trois mille abonnés en moins de deux jours.

Lundi, par ailleurs, les activistes des Comités de coordination locale (LCC) ont annoncé l'arrestation à Damas de Mohammed Kheir Al-Wazeer, militant des droits de l'homme et membre du Conseil national syrien (CNS), l'une des principales plateformes de l'opposition syrienne.

Laure Stephan

LeMonde.fr

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