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Seins à louer pour bébé de parents gays : vraiment ?

Publié le par M.Hermassi

Petite annonce surprenante : une jeune mère propose de louer ses seins pour allaiter des nourrissons.

 

 Image d'illustration. (PHOTOPQR/LA NOUVELLE REPUBLIQUE)

Le site e-loue n'y avait pas pensé : les seins à louer ne rentrent pas vraiment dans les cases "voitures", "logements" ou "objets" disponibles sur le site de petites annonces.

Une "jeune maman", qui se présente comme une infirmière, a posté sur ce site une annonce un peu particulière : louer ses seins pour les nourrissons. "Les couples d'hommes homosexuels n'ont pas la chance de pouvoir allaiter leur bébé, or l'allaitement permet aux bébés d'être en meilleure santé. En effet le lait maternel fournit des nutriments complets", écrit-elle dans son annonce. La jeune mère propose un tarif de 20 euros de l'heure, et de 100 euros par jour.

Alexandre Woog, cofondateur du site, explique avoir "été surpris par l'annonce, mais vu qu'elle s'avère sérieuse, après vérification de notre service modération auprès de la dépositaire de l'annonce, nous avons accepté de la publier". Selon e-loue, deux demandes de location ont déjà été faites pour cette annonce en une semaine.

La jeune femme ne réserve pas son lait aux couples homosexuels. Mais la direction d'e-loue a flairé l'opportunité médiatique, quelques mois après le débat sur le mariage et l'adoption des couples homosexuels. Elle s'est empressé d'envoyer un communiqué aux différents journaux, sous le titre accrocheur : "Seins de maman à louer pour bébés de couples homosexuels".

Mais Alexandre Woog aurait pu consulter le code de la santé publique. Car vendre du lait maternel n'est pas possible.

Le don de lait est encadré

"En France, les lactariums sont les seuls autorisés à recueillir, traiter et distribuer le lait maternel", indiquent l’Association des lactariums de France et la Société française de néonatologie, qui rappellent l'article L.2323-1 du code de santé publique :

La collecte, la préparation, la qualification, le traitement, la conservation, la distribution et la délivrance sur prescription médicale du lait maternel mentionné au 8° de l'article L. 5311-1 sont assurés par des lactariums gérés par des établissements publics de santé, des collectivités publiques ou des organismes sans but lucratif et autorisés à fonctionner par le directeur général de l'agence régionale de santé de la région siège de l'implantation du lactarium. (...)

"Sans but lucratif", donc.

De plus, toujours selon ces instituts, donner du lait n'est pas sans risque pour la santé. Dans uncommuniqué daté de de 2011, ils attirent l’attention "sur les risques liés à l’échange de lait maternel entre les mères" et "rappellent qu’il est déconseillé aux mères de donner à leur enfant du lait maternel qui ne soit pas passé par un lactarium".

Le lait des lactariums provient du don anonyme effectué par des mères qui en ont plus que ce dont a besoin leur propre enfant. "Les lactariums sont des structures très réglementées qui vérifient les conditions de santé des donneuses, la qualité bactériologique du lait avant et après pasteurisation, conformément aux Règles de Bonnes Pratiques", précisent les associations. Elles appellent d'ailleurs les jeunes mères à faire des dons. Le lait récolté bénéficie en priorité aux 50.000 bébés prématurés qui naissent chaque année en France.

HIV, hépatites, méningites...

Déjà, par le passé, les deux associations avaient été confrontées à des dons de lait maternel via Facebook. Elles avaient alors souligné les risques liés à l'ingestion d'un lait maternel distribué dans des conditions non réglementées.

"Ces risques sont d'ordre infectieux, puisque le lait peut être contaminé par des bactéries ou des virus". En cause : Staphylocoques, Streptocoques notamment, avec risques de septicémie ou encore de méningite chez le nouveau-né.

Le risque est aussi viral. Toujours selon les deux associations, les virus de l'hépatite B, de l'hépatite C, du VIH et du T-lymphotrophique (HTLV) peuvent être transmis via le lait maternel.

Mieux vaut, donc, une bonne pasteurisation par un organisme agréé qu'une annonce sur e-loue.

 

L. F. R. - Le Nouvel Observateur

 

Le Nouvel Observateur

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