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Prothèses PIP: «On ne peut pas laisser ces femmes avec deux loges vides et pendouillantes»

Publié le par M.Hermassi

Un chirurgien met en place des implants mammaires à une patiente.

SANTÉ - Les porteuses d'implants défectueux attendent majoritairement de connaître la décision du gouvernement avant de se faire opérer...

«Diviser les victimes d’un même problème en deux groupes, c’est dégueulasse.» Alexandra Blachère ne mâche pas ses mots. La fondatrice et présidente de l’Association de défense des porteuses de prothèses PIP (PPP) s’indigne que la réimplantation des prothèses reste à la charge des patientes aux motifs initiaux «esthétiques». Car selon elle, si le gouvernement ordonne le retrait de prothèses dangereuses, il doit prévoir leur remplacement.

«Pas des bimbos»

«Nous ne sommes pas des bimbos», se défend Alexandra Blachère, qui affirme que l’opération n’est jamais purement esthétique. «C’est une reconstruction psychologique», argumente-t-elle, ajoutant  que le vrai débat n’est pas là. «Certes, contrairement aux reconstructions après un cancer, nous avons choisi de nous faire opérer, reconnaît la présidente de l’association PPP, mais nous n’avons pas choisi de nous faire implanter des prothèses dangereuses.»

Face aux ruptures d’implants et aux cas de cancers signalés, les autorités sanitaires donneront vendredi leur nouveau plan d’action. «Je pense qu’ils s’en tiendront aux recommandations actuelles», avance Alexandra Blachère, qui a peu d’espoir de voir la prise en charge généralisée à toutes les patientes. «On ne peut pas laisser ces femmes avec deux loges vides et pendouillantes», s’emporte-t-elle.

«Les chirurgiens se sont fait de l’argent»

La fondatrice de l’association décrit en effet le calvaire des «explantées»: les muscles des côtes ont été soulevés pour l’intervention et se trouvent avachis, la peau a épousé la forme de la prothèse et se trouve distendue après leur retrait. Et pour éviter ce délabrement physique, il faut en avoir les moyens. Pour une explantation et une réimplantation, les chirurgiens demandent en moyenne 2.000 à 3.000 euros.

Martine a dû se faire retirer ses implants, tous deux rompus, en novembre et n’en a pas fait réimplanter de nouveaux. Cette sexagénaire a son idée sur la prise en charge financière de l’opération: «Les chirurgiens se sont fait de l’argent en nous implantons du matériel défectueux, la moindre des choses est qu’ils mettent la main à la poche.» L’explantation serait ainsi prise en charge par la sécurité sociale, et la réimplantation dans la foulée, par le chirurgien.

Suivi médical

Alexandra Blachère, si elle est d’accord sur le fond, a peu d’espoir. «Les chirurgiens esthétiques sont plus des commerciaux que des médecins, juge-t-elle. Ils n’accepteront jamais de faire des interventions au rabais.» Elle note cependant que parmi les patientes suivies par son association, certaines se sont vues proposer une nouvelle pose gratuite, à d’autres le chirurgien a fait payer le seul prix des prothèses. «Mais pour la grande majorité, c’est plein tarif.»

Martine, elle, refuse la réimplantation. Elle dit ne plus avoir confiance et «avoir d’autres priorités», comme sa santé. «Depuis mon opération, on ne m’a fait aucun examen», s’inquiète-t-elle. Martine attend un suivi médical régulier, après la rupture de ses prothèses, et vu les derniers cas de cancers. Alexandra Blachère, elle aussi, espère que le plan d’action gouvernemental en prévoira un. D’autant qu’elle affirme recevoir «des appels d’Espagne, d’Allemagne, du Vénézuela, du Brésil...»

 Julien Ménielle

20minutes.fr

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