Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Le procès d'un détenu devenu trafiquant international de drogue depuis sa cellule

Publié le par M.Hermassi

Saisie de cocaïne à Toulon en juillet 2005.

Condamné à douze ans d'emprisonnement pour trafic de drogue, Boubacar Bahn'avait plus guère, à 70 ans, de perspective d'avenir. Le ressortissant guinéen, surnommé affectueusement "Papa" ou "le Vieux", s'est pourtant trouvé une reconversion quelque peu inhabituelle pour un détenu : chef d'un trafic international de cocaïne. Trafic qu'il organisait depuis 2008 de sa cellule de la prison de Meaux, en Seine-et-Marne, puis de Val-de-Rueil, dans l'Eure.

Une affaire de drogue peu banale sur laquelle le tribunal correctionnel de Paris s'est penché durant trois semaines. Mardi 29 novembre, le parquet a requis contre lui dix-huit ans de réclusion, assortis d'une période de sûreté des deux tiers, ainsi que son interdiction définitive du territoire français. Le tribunal rendra sa décision le 13 décembre.

Une telle peine correspondrait à "une perpétuité réelle", a dénoncé son avocat,Joseph Cohen-Sabban. D'après ses calculs, son client ne serait pas libérable avant l'âge de 92 ans. Outre sa peine française, le détenu doit en effet encorepurger une peine de huit ans en Belgique. Il y a ainsi peu de chance qu'il revoie un jour ses quatre femmes, ses dix-huit enfants ou ses soixante-sept petits-enfants."On l'a laissé faire en prison, qu'on le veuille ou non, pendant un sacré bout de temps et il n'a forcé personne", a défendu son avocat.

"UNE GARANTIE HUMAINE"

Durant son procès, "le Vieux" a reconnu avoir dirigé plusieurs "équipes" et donné des instructions pour organiser l'importation de grosses quantités de cocaïne venant de Colombie. Dans sa cellule de la prison de Meaux, puis de Val-de-Rueil, c'est à la nuit tombée qu'il commençait son activité. Il passait alors des dizaines de coups de fil en France, aux Pays-Bas et en Afrique. Habile, le prisonnier parvenait même à cacher à ses interlocuteurs qu'il croupissait derrière les barreaux.

Entre avril 2008 et octobre 2009, plus d'un millier d'appels auraient été recensés par les enquêteurs vers des narcotrafiquants colombiens ou des membres du réseau de Boubacar Bah. Le parcours de la poudre blanche était bien huilé. Les valises étaient placées dans les soutes de l'avion en Amérique latine par les contacts de Boubacar Bah, lesquels bénéficiaient vraisemblablement de complicités dans les aéroports.

Alerté au plus tard trois jours avant l'envoi, Boubacar Bah activait son équipe et désignait aux Colombiens la personne qui serait leur interlocuteur en France et à laquelle les photos et les numéros d'enregistrement des bagages étaient envoyés. Selon l'accusation, à l'atterrissage de l'avion à Roissy, un bagagiste se chargeait d'extraire la valise et la remettait à une autre personne qui disposait d'un véhicule pouvant circuler sur les pistes et était autorisée à sortir de la zone aéroportuaire.

Pour rassurer les narcotrafiquants avant qu'ils ne touchent leur dîme, Boubacar Bah leur désignait parmi les membres de son réseau en Colombie "une garantie humaine". En d'autres termes, si la drogue se perdait, les Colombiens pouvaient sevenger en éliminant cette personne. C'est ce qui semble être arrivé en août 2008. Une valise est alors saisie par les douanes. En représailles, les narcotrafiquants colombiens exécutent leur otage, dont le corps sera découvert quelques mois plus tard dans la banlieue de Bogota. Quand une autre livraison est dérobée, cette fois en France, le réseau se charge de donner une correction à l'arnaqueur. Torturé, celui-ci aurait rendu la drogue et se serait évaporé dans la nature.

LeMonde.fr

Commenter cet article