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La toxine botulique pourrait soigner la prostate

Publié le par M.Hermassi

INFOGRAPHIE - Autrefois, elle tuait. Aujourd'hui, la toxine botulique adoucit la vie de centaines de milliers de personnes, et les recherches sont toujours aussi prometteuses.

Rien ne laissait présager l'usage thérapeutique de la toxine botulique! En effet, cette toxine produite par une bactérie s'est surtout fait remarquer, au cours du XIXe siècle, pour sa capacité à rendre malade, voire à tuer des malheureux ayant consommé une denrée mal conservée dans laquelle la bactérie s'était développée. Sa toxine libérée provoquait alors des troubles digestifs et parfois une paralysie respiratoire qui en faisait toute la gravité… et tout l'intérêt. Car aujourd'hui elle est employée pour soigner nombre de pathologies, avec de nouvelles indications qui se profilent, comme pour le contrôle de la vessie, peut-être bientôt pour certaines migraines chroniques ou l'adénome de la prostate.

«En bloquant les terminaisons nerveuses à leur jonction avec le muscle, la toxine botulique joue le rôle d'un puissant myorelaxant local, au niveau du site d'injection intramusculaire. Cela fait d'ailleurs plus d'une vingtaine d'années qu'elle est étudiée pour son action sur le muscle et l'on pensait avoir fait le tour de ses indications. C'était sans compter sur les très nombreuses affections mettant en jeu la contraction anormale d'un muscle: neurologues, rééducateurs, ophtalmologistes, dermatologues et plus récemment urologues y ont ainsi régulièrement recours», explique le DrLaurent Benzacken, chef du service d'ophtalmologie de l'hôpital Robert-Ballanger (Ile-de-France).

Incontinence

Ainsi, la toxine botulique suscite toujours autant de recherches: «Pour preuve, la toute récente autorisation de mise sur le marché de cette toxine dans l'hyperactivité vésicale neurologique des personnes atteintes de sclérose en plaques et chez les blessés médullaires. Elle date de septembre 2011», confirme le Dr Marion Simonetta-Moreau, neurologue (CHU Purpan de Toulouse). Comme le contrôle de la vessie par le cerveau se fait mal chez ces personnes - leur muscle de la vessie se contracte durant la phase de remplissage alors qu'il devrait être relâché - cela pose des problèmes d'incontinence urinaire et d'infections à répétition. À condition que la personne concernée soit capable de se sonder et après avis multidisciplinaire (de l'urologue, du neurologue et du rééducateur), la toxine botulique peut être utilisée pour maîtriser le muscle trop actif. Cela se fait en chirurgie ambulatoire, grâce à une trentaine de sites d'injections dans le muscle de la vessie (le détrusor). Ce dernier devient alors inactif: il n'y a plus qu'à se sonder à intervalles réguliers pour vider la vessie et le problème est réglé. Du moins, il l'est pour quelques mois, puisque l'action de la toxine botulique est limitée dans le temps.

Récemment, en Grande-Bretagne (mais pas en France), la toxine botulique a reçu une autorisation de mise sur le marché comme traitement de fond de la migraine chronique. Ne sont concernés queles malades qui se plaignent de maux de tête durant plus de deux semaines par mois, au moins huit mois par an. La toxine botulique permettrait de diminuer le nombre de jours par mois où ils souffrent…

Dernière indication qui pourrait enfin être donnée dans les mois à venir, sous réserve que les dernières études confirment les bons résultats obtenus jusqu'ici: l'adénome de la prostate. La toxine botulique y fait l'objet d'une évaluation menée par plusieurs centres d'urologie en France. Comme cette affection se traduit entre autres par une augmentation du nombre et de la contractilité des fibres musculaires lisses de la prostate, à l'origine de gênes mictionnelles multiples, et que la toxine botulique peut bloquer ces fibres, elle pourrait intéresser les hommes supportant mal leur traitement médical et/ou inopérables. Avantage: le traitement est simple à mettre en œuvre puisqu'il suffit d'injecter la toxine (sous anesthésie locale), par l'anus, à travers le rectum, pour atteindre les muscles prostatiques.

Un espoir pour les douleurs chroniques

À côté de son action myorelaxante, la toxine botulique semble agir sur certaines douleurs neurologiques chroniques focalisées intenses, comme celles que peuvent connaître les victimes d'un zona ou les diabétiques. Cette fois, elle agirait au niveau des petites fibres nerveuses impliquées dans la transmission de la sensation douloureuse, empêchant la libération de messagers chimiques mis en jeu dans les douleurs chroniques. C'est d'autant plus intéressant que ces douleurs chroniques rebelles répondent mal aux antalgiques habituels. Des essais (à confirmer) d'injections intra-articulaires de toxine botulique rapportent, en outre, un effet intéressant chez les personnes souffrant de douleurs chroniques des articulations.

La recherche s'intéresse enfin à cette particularité que possède la toxine d'agir précisément à la jonction entre les nerfs et les muscles. «La toxine botulique est composée de deux chaînes: une chaîne légère, qui n'est autre que son principe actif, et une chaîne lourde, qui fait office de vecteur pour transporter le principe actif à la jonction neuromusculaire. Plusieurs équipes dans le monde étudient ainsi de très près cette chaîne lourde, avec l'espoir de se servir un jour de ce vecteur pour transporter d'autres principes actifs. Voilà qui ouvrirait un nouveau et vaste champ d'applications thérapeutiques!», conclut le Dr Simonetta-Moreau.

LeFigaro.fr

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