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La nutrition, enjeu d'un bon vieillissement

Publié le par M.Hermassi

 

À partir de 65 ans, l'obésité et la maigreur aggravent le risque de perte d'autonomie.

On parle peu de l'obésité et de la maigreur quand elles touchent des personnes de plus de 75 ans. À cet âge, et même bien avant selon les gériatres, se situer à un extrême de la courbe du poids prédispose pourtant à un vieillissement en mauvaise santé. Les résultats d'une enquête nationale que vient de publier le Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) montrent bien le lien entre obésité ou maigreur et perte d'autonomie. «Pour se donner le maximum de chances de bien vieillir, l'idéal est de maintenir son indice de masse corporelle* dans la fourchette centrale (c'est-à-dire entre 22 et 25) et d'éviter les variations de poids», souligne le Pr Monique Ferry, chercheur à l'Inserm et chargée de la nutrition auprès du conseil scientifique de la Société française de gériatrie .

Or, à en croire les résultats de cette étude menée auprès de personnes âgées de plus de 75 ans, vivant encore à leur domicile, un tiers d'entre elles se trouvent dans une situation de «risque pondéral». Près de 15 % sont en état de maigreur - les femmes, surtout celles qui ont un niveau d'études et des revenus supérieurs, sont plus touchées que les hommes - et près de 15 % sont obèses. En incluant le surpoids, ce pourcentage atteint même 50,4 %.

Si l'obésité et la maigreur sont délétères chez les personnes vieillissantes, c'est parce que ces deux états cachent paradoxalement souvent le même mal, une dénutrition dont la première conséquence est l'abolition des défenses immunitaires. «La première chose que l‘organisme cesse de produire quand il manque de protéines, de vitamines et de minéraux, ce sont les antigènes et les anticorps», explique le Pr Monique Ferry. La dénutrition est ainsi responsable d'une augmentation des pathologies infectieuses que le corps aura, faute de «carburant», d'autant plus de peine à combattre. Ce phénomène a notamment été illustré en 2008 par une publication scientifique canadienne montrant l'impact négatif de la dénutrition sur les chances de survie de malades du cancer.

La carence alimentaire aboutit enfin à une perte de masse et de force musculaire (la sarcopénie), qui aggrave le risque de fatigue, de chute et d'isolement social. Elle peut également entraîner un déficit cognitif, comme l'a encore souligné un récent travail de l'Inserm portant sur la longévité des Français. D'où l'importance de prévenir la dénutrition au moment où elle est encore réversible. «Une perte de poids, même mineure, doit être un signal d'alerte», prévient le Pr Isabelle Bourdel-Marchasson, chef de service à l'hôpital de Bordeaux.

Se peser tous les mois

Les gériatres recommandent donc aux personnes âgées de se peser tous les mois et aux médecins généralistes de surveiller leur courbe du poids comme le font les pédiatres avec les nourrissons. Un deuil, la disparition d'un animal, un déménagement ou une grippe peuvent être à l'origine d'un décrochage. Parfois, ce sont des problèmes dentaires ou psychiques qui engendrent un manque d'appétit. Selon le Pr Ferry, «il faut réagir vite car l'amaigrissement est plus rapide et plus important quand on avance en âge, tandis que la récupération devient plus difficile».

L'équation est encore plus subtile chez les patients obèses, dont l'autonomie est déjà affectée par des douleurs articulaires et de l'arthrose. Comme pour toute personne âgée, les régimes restrictifs leur sont en effet contre-indiqués car ils consument autant de muscle que de graisse. Les gériatres tentent donc un recadrage alimentaire, en insistant sur le respect des repères nutritionnels, l'arrêt du grignotage et l'importance d'une activité physique quotidienne.

«En réalité, la prévention doit intervenir en amont: à 70 ans, il est trop tard pour maigrir», résume le Pr Xavier Hébuterne, chef du service de nutrition clinique au CHU de Nice, qui exclut pour la même raison la chirurgie bariatrique chez des patients de plus de 65 ans.

Lors de ses consultations de gériatrie, à l'hôpital du Mans, le Dr Emmanuel Alix a, lui, remarqué que «les personnes âgées et leur entourage ont souvent des idées erronées sur la nutrition, qui peuvent leur porter préjudice». On pense, par exemple, qu'il est moins nécessaire de manger en vieillissant - alors que l'organisme a au contraire des besoins plus importants, car il a un moins bon rendement. C'est sans doute ce qui explique que seul un tiers des plus de 75 ans consomme les trois produits laitiers recommandés par jour, selon le BEH, et que la plupart ne mangent pas suffisamment de protéines, notamment d'origine animale.

«Il faut avoir à l'esprit que le rôle de la nutrition intervient finalement assez tôt dans le processus de vieillissement, souligne le Dr Alix. Dès l'âge de la retraite, ou au moment de la ménopause pour les femmes, il faut donc s'appliquer à manger trois fois par jour, à ne pas s'interdire certains aliments mais au contraire élargir son catalogue alimentaire le plus possible et à cultiver le plaisir de manger.»

* L'indice de masse corporelle (IMC) est votre poids divisé par votre taille au carré pour évaluer votre corpulence.

 

 LeFigaro.fr

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