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La mort peut-elle se voir dans une prise de sang ?

Publié le par M.Hermassi

La mort peut-elle se voir dans une prise de sang ?

 

Une analyse de sang suffirait à prédire votre risque de mourir dans les années qui viennent, selon une étude. Mais sans donner à votre médecin les informations qui pourraient vous sauver

 

Rien ne sert de doser si l'on ne peut soigner à point. Tel pourrait être l'enseignement d'une étude parue dans PlosMedicine , où des chercheurs estoniens et finlandais distinguent quatre biomarqueurs comme prédicteurs du risque de décès.

Au départ, une équipe de l'université de Tartu (Estonie) a dosé, sur 9842 adultes, 106 biomarqueurs, ces molécules contenues dans le sang, les fluides corporels ou les tissus, d'ordinaire utilisés pour aider au diagnostic ou surveiller la réponse à un traitement. Ils ont découvert que lorsque les taux de quatre d'entre eux (albumine, orosomucoïde, citrate et lipoprotéine de très basse densité) se situaient dans la «zone rouge», le risque de mourir dans les cinq ans était 19 fois plus élevé que pour ceux présentant les meilleurs résultats.

Surpris de leurs résultats, ils ont demandé à une équipe finlandaise de refaire l'expérience sur une autre cohorte de 7503 individus. Conclusion: ces quatre biomarqueurs permettaient effectivement d'améliorer la prédiction de décès à cinq ans. «C'était un résultat assez extraordinaire, s'est réjoui le Pr Markus Perola, de l'université d'Helsinki. Au départ, nous n'y croyions pas vraiment.»

Des marqueurs déjà connus

Hélas, l'étude souffre de plusieurs limites, avouent eux-mêmes les chercheurs. Notamment le fait que les deux cohortes étudiées sont composées d'individus du même groupe ethnique et aux modes de vie semblables, et qu'il faudrait donc les confirmer sur d'autres populations.

Mais surtout, ce qui est intéressant sur le plan épidémiologique ne l'est pas nécessairement sur celui de la santé individuelle. «Ce sont des marqueurs déjà connus», explique ainsi Fabrice André, directeur d'une unité de recherche Inserm et cancérologue à l'Institut Gustave Roussy (Villejuif).

L'albumine est une protéine essentielle, qui participe à la fabrication des muscles et amène les nutriments vers les tissus ; on la dose quasiment à chaque prise de sang. L'orosomucoïde, ou alpha-1-glycoprotéine, est un indice de l'inflammation. Les lipoprotéines transportent le cholestérol, et celles de basse densité sont spécialisées dans le cholestérol dit «mauvais». Le citrate joue un rôle dans la façon dont notre corps «brûle» du carburant pour fonctionner.

D'autres facteurs de risque sont de meilleurs prédicteurs

Non seulement ces marqueurs sont identifiés de longue date mais, en outre, d'autres facteurs prédisent bien mieux le risque de décès. Or, décrypte le Pr Jacques Blacher, épidémiologiste et cardiologue à l'Hôtel-Dieu, les chercheurs estoniens n'ont pris en compte que très peu d'entre eux (âge, sexe, fait d'être fumeur ou non et quelques antécédents médicaux); quant à leurs confrères finlandais, ils ont pris en compte bien plus de variables d'ajustement, mais celles-ci prédisaient déjà bien le risque de décès. «En ajoutant les biomarqueurs, on améliore un peu les prédictions, mais pas de beaucoup», note Jacques Blacher. Surtout, «surveiller un marqueur n'a d'intérêt que si cela génère un traitement qui améliore la survie», dit Fabrice André.

Vous avez le citrate qui se dilate, l'albumine qui se débine, les lipoprotéines bien trop fines ou l'orosmucoïde qui fatigue? Vos héritiers seront ravis de l'apprendre. Mais cela ne permettra pas à votre médecin de savoir ce dont vous souffrez, ni comment vous soigner. «L'orosomucoïde, par exemple, explique Jacques Blacher, est un marqueur sensible de l'inflammation, et nous savons que celle-ci est un mauvais signe. Mais agir contre la micro-inflammation n'a aucun effet sur la mortalité.»

Ces biomarqueurs, sourit l'épidémiologiste, donnent en somme autant d'informations que des rides sur le visage d'un nonagénaire: ce dernier mourra probablement avant son voisin moins âgé. Mais lui injecter du Botox ne reculera pas l'heure de sa mort…

LeFigaro.fr

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