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La fin du monde... un business lucratif

Publié le par M.Hermassi

21 décembre 2012... telle serait la date de la fin du monde, d'après certaines interprétations du complexe et désormais fameux calendrier maya Tzolk'in. Mais en attendant, les affaires continuent ! Et quand les uns craignent l'Apocalypse, d'autres n'oublient pas d'en tirer profit. Et ils n'ont pas attendu 2012 pour cela.

Dès 1970, l'évangéliste américain Hal Lindsey publiait le livre The late great planet Earth, ("feue la grande planète Terre"), où il suggérait fortement que l'année 1988 serait la dernière de l'Histoire, citant notamment la possibilité d'une attaque nucléaire soviétique comme possible cause de la fin du monde. Le succès fut au rendez-vous, en matière de ventes sinon de prédiction : plus de 15 millions d'exemplaires écoulés, selon l'éditeur chrétien Zondervan, qui le commercialise toujours au prix de 12,99 dollars. Avec cet ouvrage, Hal Lindsey savait-il qu'il avait inventé un genre littéraire ? Il fut en tout cas l'inspirateur d'Edgar Whisenant, ancien ingénieur de la NASA reconverti dans la théologie. Il vendit 4,5 millions d'exemplaires d'un livre intitulé 88 reasons why the rapture will be in 1988 (88 raisons pour lesquelles l'enlèvement aura lieu en 1988).

Et la non-réalisation des prédictions sus-mentionnées n'empêcha pas les émules de poursuivre l'œuvre, dont un animateur de radio au nom improbable... Harold Camping. On tient là un véritable "serial prévisionniste", qui, en vertu de calculs aussi savants que bibliques, a successivement pronostiqué la fin du monde pour septembre 1994, mars 1995, mai 2011 et octobre 2011, omettant de prévoir son hospitalisation de juin dernier suite à un accident vasculaire. Mais il n'oublie pas que charité bien ordonnée commence par soi-même. Son entreprise à but non lucratif, Family Radio, qui possède plus de 140 stations de radio aux Etats-Unis (et clame que son PDG est en réalité le Seigneur Jésus-Christ!) a su attirer quelque 80 millions de dollars de dons entre 2005 et 2009 !

Mais le charity business, cette curiosité typiquement américaine, n'est pas le seul à s'intéresser aux théories apocalyptiques. Hollywood s'est emparé du sujet avec quelque réussite. Sorti en 2009, le film 2012 réalisé par Roland Emmerich (Independence Day, Godzilla) a joué les alchimistes modernes, transformant la prophétie maya en or ! Pour un budget estimé à 200 millions, le long-métrage a généré plus de 766 millions de dollars de recettes, ce qui lui vaut une place parmi les 40 plus gros succès de l'histoire du cinéma.

A priori, la perspective de la fin du monde devrait avoir un impact plutôt négatif sur les prix de l'immobilier, les trépassés ayant généralement besoin de moins de mètres carrés que les vivants. Mais à Bugarach, village d'à peine 200 âmes situé dans l'Aude, le maire, interrogé par Le Figaro en juin 2011, dénombrait simultanément une quinzaine de maisons en vente, avec des prix doublés ou triplés par rapport à l'habitude. L'explication ? Le lieu serait épargné par la fin du monde à venir (voilà au moins une prédiction à laquelle on peut volontiers croire !). Il est vrai que la région est propice au mysticisme : le pic surplombant le village est depuis plusieurs années un lieu de pélerinage d'amateurs d'OVNI et Rennes-le-Château, où l'Abbé Saunière aurait découvert le trésor des Templiers, n'est qu'à quelques kilomètres.

Il est donc possible de survivre à la fin du monde et le site internet survivre-2012.com se fait un plaisir de vous indiquer comment. Cette vitrine masque un site de commerce en ligne  sur lequel vous pourrez acheter masques, cartouches anti-poussière, bâches, scies et autres jerrycans afin de pouvoir respirer, boire et vous protéger au jour J. Bien d'autres blogs relayent sur la toile le message de la fin du monde, faisant parfois appel au don, quand ils ne vous aiguillent pas vers unfabricant d'abris anti-atomiques ou des sites de voyance. Si jamais le monde survit à la date fatidique du 21 décembre 2012, tout le monde n'y aura pas perdu.

Emmanuel Schafroth

Yahoo! Finance France

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