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Deux millions de morts en cuisine tous les ans

Publié le par M.Hermassi

Deux millions de morts en cuisine tous les ans

Près de deux millions de personnes meurent chaque année parce que les équipements dont elles disposent pour faire la cuisine ne sont pas sûrs. En Afrique, en Asie et en Amérique du Sud, des mères et leurs enfants sont victimes des foyers rudimentaires et inefficaces sur lesquels elles préparent les repas, utilisant des combustibles souvent polluants qui dégradent dangereusement l'air de l'habitat.

Deux millions de vies par an, c'est, comme le souligne l'Organisation mondiale de la santé (OMS), qui a chiffré l'impact de cette "pollution domestique", deux fois plus que le paludisme et à peu près autant que le sida. L'exposition à la fumée des foyers rudimentaires est particulièrement dangereuse pour les enfants en bas âge. Sans oublier que ces équipements, ouverts et instables, et le kérosène utilisé provoquent un nombre important de morts par brûlures.

Chargées de collecter les combustibles (bois, charbon de bois, résidus de récolte, bouse...), les mères de famille s'exposent également aux agressions extérieures dès lors qu'elles quittent leur maison. Un danger réel dans les zones de conflit. De plus, les heures qu'elles consacrent à cette collecte - de l'ordre de 20 heures par semaine - sont autant de temps qu'elles ne consacrent pas à d'autres activités potentiellement génératrices de revenus, mais aussi à l'éducation des enfants.

Lourd d'enjeux, le sujet ne mobilise pas assez les pays et les institutions internationales, comme le souligne dans son premier rapport, à paraître la semaine prochaine, la Global Alliance for Clean Cookstoves, plate-forme d'action créée en septembre 2010 dans le giron de la Fondation des Nations unies.

"TECHNOLOGIES PROPRES"

"Nous voulons installer 100 millions de foyers propres d'ici à 2020 dans le monde", explique Radha Muthiah, directrice exécutive de l'Alliance. La jeune femme impute les maigres efforts de la communauté internationale lors des dernières décennies au manque de données scientifiques susceptibles de pointer la gravité du problème, et la difficulté des entreprises - petites ou grandes - à cerner ce marché très atomisé.

Mme Muthiah pense néanmoins que les choses avancent grâce, notamment, aux pays donateurs qui rejoignent l'Alliance. De même, des industriels locaux se mettent à créer des modèles économiques adaptés. "Le défi est de trouver des équipements faisant appel à des technologies propres à un coût de fabrication et de distribution acceptable pour les populations visées, qui sont pauvres", ajoute-t-elle. Il s'agit aussi de convaincre les acheteurs que disposer d'un équipement efficace et sûr est non seulement un bienfait pour la santé, mais aussi un bon calcul économique à moyen terme.

Les progrès à réaliser dans le domaine des foyers de cuisine polluants passent par l'établissement de standards internationaux qui permettraient de définir les critères de qualité des équipements et d'attirer des entrepreneurs, assurés de disposerd'un consensus technique reconnu. En février 2011, des experts venus de 42 pays et réunis au Pérou ont lancé la démarche et établi les bases de normes internationales en matière de sécurité, d'émissions et d'efficacité.

Le marché reste néanmoins fragmenté car la manière de faire la cuisine varie d'une région à l'autre. Au Pérou ou au Guatemala, le foyer devra être doté d'une plancha pour la cuisson des tortillas, alors que, en Inde ou au Népal, la cuisson en parallèle du riz et du curry nécessite deux feux. Le développement des foyers propres passe donc souvent par des entrepreneurs nationaux. Certains, en Chine ou en Inde, visent même un marché d'export.

Afin de toucher et de convaincre les acheteurs potentiels, les fabricants s'appuient aussi sur des réseaux locaux, notamment des coopératives de femmes. Des pays comme le Pérou, la Chine, l'Indonésie et l'Inde soutiennent ces initiatives et celles des ONG par des campagnes publiques nationales.

L'utilisation de foyers "sales" n'a pas seulement des conséquences sur la santé ou le développement social, il est aussi nocif pour l'environnement. La collecte anarchique de bois conduit ainsi à la destruction de forêts, ce qui fragilise les terres et entraîne une pollution plus importante.

Bertrand d'Armagnac

LeMonde.fr

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