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Chang'aa, la bière qui tue plus vite que son ombre

Publié le par M.Hermassi

 

«Tue moi vite», c'est littéralement ce que signifie en swahili le mot chang'aa, du nom de la bière artisanale consommée par des centaines de Kenyans dans les bidonvilles du pays, en particulier celui de Kibera, l'un des plus grands d''Afrique de l'Est.

Fabriqué dans les régions les plus pauvres du Kenya, cet alcool de contrebande local, également appelé busaa, «bière de banane», a déjà tué au moins des centaines de personnes et aurait rendu aveugle des milliers de personnes selon Rue89. Le phénomène n'est pas nouveau et le breuvage sévit depuis de nombreuses années.

Les raisons de son succès? Son prix nettement inférieur à ceux des autres alcools en vente sur le marché. Un verre de cette bière coûte 10 shillings (moins de 10 centimes d'euros) quand la bière vaut en moyenne dans le pays entre 50 et 100 shillings (soit environ 0,50 centimes à 1 euro). Pas de doute qu'elle soit très populaire auprès des couches les plus démunies de la population. Pourtant, boire un verre de cette boisson peut se révéler mortel. Distillée à partir de maïs ou de millet, la bière chang'aa est coupée régulièrement avec du méthanol, révèle Rue89. Pire, selon le site, «l'eau utilisée pour la distillation est saturée d'urine et de merde». Rien d'étonnant alors à ce que «la police déniche des rats en pleine décomposition ou des petites culottes dans de grandes fournées de chang'aa.»

Jusqu'à récemment, le chang'aa était illégal au Kenya, mais le gouvernement a décidé de le légaliser en 2010 dans le but d'imposer des règles de fabrication. Cette initiative s'inscrit dans la loi Mututho de novembre 2010 qui interdit la vente d'alcool en journée la semaine et en matinée le week-end. Désormais, selon la loi, le chang'aa doit être embouteillé, scellé, et doit porter un avertissement sur les dangers liés à la consommation. Le fabricant risque une amende et une peine de prison «si un ingrédient douteux est découvert».
D'autres initiatives sont même prises par des ONG locales pour expliquer aux apprentis-brasseurs comment distiller la boisson pour qu'elle devienne une bière sans danger mortel. Kenya Industrial Estate, «une entreprise qui fournit des aides financières à de petits commerces locaux», a également annoncé qu'il investirait dans des distilleries de chang'aa.

Toutes ces mesures suffiront-elles à mettre un terme au fléau de cette boisson également surnommée «Jet Fuel»? Pas si sur dans ce pays désigné comme étant le plus grand buveur de bière d'Afrique d'après un rapport de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) daté de 2011. Car malgré toutes ces annonces, la bière chang'aa continue de progresser au Kenya. Les brasseurs de bière se livreraient une compétition pour produire la chang'aa la plus forte, la police, corrompue, accepte des pots de vin pour laisser les fabricants continuer tranquillement leur business, et même les touristes étrangers, en visite dans les ghettos, viennent «se la coller tranquillement».

Lu sur Rue89

Slate.fr

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