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Au Texas, des moyens artisanaux pour vaincre une pollution de l'air record

Publié le par M.Hermassi

De la fumée sort d'une raffinerie non loin d'un espace occupé par des logements sociaux à Port-Arthur, le 6 octobre 2011

ENVIRONNEMENT - Au Texas, l'environnement est loin d'être une priorité face aux enjeux économiques...

Quand la fumée noire s'échappe de la raffinerie située de l'autre côté de la route, Erma Lee Ellas, 78 ans, n'a qu'une façon de prémunir ses poumons asthmatiques contre cette attaque toxique: «Je ferme la porte», dit-elle. Au sud des Etats-Unis, le Texas est l'Etat qui émet le plus de gaz à effet de serre du pays. Ce record s'explique par la combustion massive de charbon pour produire de l'électricité et par une économie qui repose essentiellement sur des industries «sales» comme le pétrole et la chimie.

Ce qui rend malade Erma Lee Ellas fait partie du paysage, et pour nombre de notables comme le gouverneur et candidat républicain Rick Perry, il s'agit même d'un folklore local. Ce dernier vient de déclarer qu'il supprimerait le ministère de l'Environnement s'il accédait à la Maison Blanche. Ses opposants soulignent le fait que la législation est laxiste, les contrôles légers et les entreprises peu incitées à respecter les règles environnementales, les amendes d'un montant anecdotique étant rarement appliquées.

Des émissions sauvages de contaminants

Les organismes de contrôle de l'Etat répondent que les résultats sur le terrain sont la meilleure façon de juger l'efficacité des mesures environnementales. «Si tout ce que vous dites était vrai, la qualité de l'air ne s'améliorerait pas», dit Terry Clawson, porte-parole de la Texas Commission on Environmental Quality. Mais si les émissions de gaz à effet de serre sont effectivement en diminution, elles se situent toujours à un niveau inquiétant, tout comme le nombre de décharges sauvages. L'an dernier, il y a eu 2.553 «actes d'émissions» sauvages qui ont relâché 2,73 millions de kilos de contaminants dans le ciel. L'Etat a engagé des poursuites dans 123 de ces cas et dressé un procès-verbal d'infraction dans 172 autres cas.

La décision du pétrolier BP de continuer ses opérations de raffinage après l'incendie de son installation de Texas City a mis à mal les contrôles de pollution pendant 40 jours l'année dernière. Fait rare, elle a aussi poussé l'Etat à introduire des pénalités au civil, au-delà des amendes généralement limitées à 10.000 dollars par jour. Mais, dans cet exemple, aucune action n'a été prise pour demander à BP de cesser son activité, plutôt que de simplement brûler les éruptions de gaz, ou de rendre compte aux autorités locales de l'évolution de la pollution.

Une petite bande de militants écolos prélèvent des échantillons

Comme «la régulation est très lâche en matière d'environnement, les gens qui sont censés surveiller tout ça, n'examinent pas la situation de façon adéquate», dit Ken Kramer le directeur de l'antenne texane de l'organisation de défense de l'environnement Lone Star Chapter of the Sierra Club. Fort de ce constat, les habitants de Port Arthur, une ville à l'air vicié par ses industries de raffinerie séculaires, ont décidé de prendre les choses en main. Armés d'appareils de contrôle de l'air fabriqués avec des seaux et des sacs en plastique, une petite bande de militants écolos prélèvent des échantillons pour les faire contrôler dans des laboratoires indépendants.

Et ils ont déjà récolté quelques victoires substantielles, comme forcer l'entreprise Motiva à installer de nouvelles procédures de contrôle de la pollution, financer un examen annuel de l'air et mettre en place un fond de développement économique de 3,5 millions de dollars. Mais les enfants restent malades pendant que les propriétaires d'usine repoussent des opérations de maintenance qui permettraient de réduire la fréquence des émissions de produits toxiques dans l'air. «Trois fois par mois au moins, l'une des ces usines va subir une avarie qui va provoquer le dégagement dans l'air de tonnes de produits toxiques», affirme le militant Hilton Kelly. «La plupart du temps, l'Etat regarde ailleurs et nous dit que ce n'est rien. Même si les habitants sont obligés de mettre une serviette mouillées sur leur visage juste pour respirer». Hilton Kelly est inquiet des conséquences à long terme. Mais dans le même temps, il ne souhaite pas la fermeture des raffineries, gros pourvoyeur d'emplois dans la région.

20minutes.fr

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