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A quoi reconnaît-on que quelqu'un est vraiment mort?

Publié le par M.Hermassi

Au Brésil, un bébé s'est réveillé cette semaine quelques heures après avoir été déclaré mort à l'hôpital. Un type d'incident qui survient relativement fréquemment et incite à se pencher sur les signes qui ne trompent pas —et ceux qui trompent.

 

 A l'Asia Funeral Expo de Hong Kong, en mai 2010. REUTERS/Bobby Yip

ALondrina (Brésil), un bébé qui avait été déclaré mort à l'hôpital quelques heures après sa naissance s'est réveillé avant son transport à la morgue, mardi 9 juillet 2013, à la stupéfaction du personnel médical et de sa famille.

Ce genre de mésaventure est moins rare qu'on ne le croit. Il y a quelques semaines, Brighton Dama Zanthe, un Zimbabwéen de 34 ans,s'est réveillé au beau milieu de sa cérémonie d'enterrement, provoquant l'épouvante d'une partie des invités, qui ont cru avoir affaire à un «vrai» mort-vivant. En 2011, la même chose est arrivée àune Russe de 49 ans, qui n'a pas survécu au choc.

La même année, un Sud-Africain de 50 ans s'est mis à pousser des cris lorsqu'il s'est réveillé dans une chambre froide, effrayant le personnel, qui a pris la fuite: il n'a dû sa survie qu'à un téméraire employé de la morgue qui a osé ouvrir le caisson réfrigérant duquel il était prisonnier. L'année précédente, c'était une Brésilienne de 88 ans, Maria das Dores, qui s'était réveillée à la morgue d'Ipatinga, avant de décéder quelques jours plus tard.

Et cela n'arrive pas que chez les autres. En 2012, une vieille dame de 87 ans dont le décès avait été constaté par un médecin à Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine) s'était mise à bouger trois quarts d'heure plus tard dans les locaux des pompes funèbres. Dix ans plus tôt, un employé d'un funérarium à Bordeaux s'était aussi rendu compte avec horreur qu'un défunt dont le décès avait été certifié 24 heures plus tôt respirait toujours.

Aujourd'hui, la médecine dispose pourtant de techniques de pointe pour détecter l'activité cardiaque et cérébrale du corps humain, d'autant que le délai minimum légal entre le constat du décès par un médecin et l'inhumation ou la crémation est long (24 heures en France) et que le nombre de spécialistes entre les mains desquels passe un défunt avant sa mise en bière n'a cessé d'augmenter (seuls 25,5% de nos compatriotes meurent chez eux et près de quatre familles françaises sur dix feraient aujourd'hui appel à un embaumeur quand survient un décès)

Mais cette litanie d'incidents incite donc à poser une question en apparence superflue: comment reconnaît-on à coup sûr que quelqu'un est mort? Quand l'électrocardiogramme est impossible, grâce à une série de signes qualifiés de «positifs», plus sûrs que les signes dits «négatifs», qui sont souvent ceux qui provoquent la confusion.

On ne mord plus le gros orteil

Il est loin le temps où le croque-mort se devait de mordre le gros orteil d'un défunt —voire, encore plus cruel, de lui enfoncer une aiguille sous l'ongle— pour s'assurer qu'il était bel et bien mort. Jusqu'au XXe siècle, les médecins n'avaient à leur disposition qu'une plume et un miroir à placer devant la bouche du supposé défunt pour vérifier s'il respirait toujours quand le pouls semblait arrêté.

La généralisation de la technique de l'électrocardiographie au XXe siècle a mis fin à des siècles d'incertitude qui ont coûté la vie à des milliers de malheureux, en particulier lors des épidémies de peste et de choléra, où de nombreux malades tombés dans le coma ont été pris pour morts et enterrés à la hâte par crainte de nouvelles contagions.

La plupart des services d'urgence des hôpitaux situés dans les pays développés sont aujourd'hui équipés d'électrocardiographes et d'électrocardioscopes permettant de mesurer le rythme cardiaque et de déterminer de manière fiable si une personne est décédée.

Et même quand il s'avère impossible de faire un électrocardiogramme, il y a pourtant des signes qui ne trompent pas. Au lieu d'utiliser les signes négatifs de la vie, comme le font les services d'urgences, c'est-à-dire l'absence de pouls, l'absence de respiration et l'abolition de tous les réflexes, qui peuvent prêter à confusion quand la personne est plongée dans le coma, les médecins peu consciencieux qui ont examiné les personnes citées plus tôt auraient dû plutôt se concentrer sur les signes positifs de la mort, ceux qu'utilisent les médecins légistes. D'autres indicateurs «négatifs», tels que la pâleur de la peau et la dilatation des pupilles, ne sont également pas fiables.

Rigidité, refroidissement et lividité

Les signes positifs de la mort sont d'abord la rigidité, un phénomène de durcissement des muscles du cadavre qui apparaît quelques heures après le décès, d'abord au niveau de la nuque, puis du visage, pour ensuite s'étendre à l'ensemble du corps. Ce raidissement disparaît ensuite au bout de deux jours.

Le refroidissement cadavérique est également un signe à prendre en compte. Le corps perd en moyenne un degré par heure suivant la mort. La peau, en revanche, refroidit beaucoup plus vite.

Enfin, la présence de lividités cadavériques s'avère être un signe fiable et rapidement observable. Ces taches rougeâtres et violacées apparaissent entre vingt minutes et deux heures après le décès. Quand la circulation sanguine s'arrête, les vaisseaux sanguins se vident de leur contenu et le sang se répand alors sous la peau, par un phénomène de gravité.

Tous ces phénomènes sont observables dans les 24 heures suivant le décès. Ils sont d'ailleurs également pris en compte par les thanatopracteurs avant de préparer un corps, puisqu'ils sont souvent amenés à effectuer des massages sur les cadavres pour réduire leur rigidité et atténuer les lividités présentes. En cas de mauvais diagnostic, ils sont donc à même de vérifier si le défunt qu'ils ont à embaumer est réellement décédé. Pas de panique, donc. Mais autant ne pas précipiter la date de l'enterrement.

Annabelle Georgen

 

L’Explication remercie Jean-Sébastien Raul, médecin légiste à l'Institut de médecine légale de Strasbourg, et Jean-Pierre Comtet, président de l'École française de soins et sciences mortuaires.

Slate.fr

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