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Mort de l’un des plus grands mathématiciens du XXèm

Publié le par M.Hermassi

Alexandre Grothendieck mort jeudi Saint-Girons l’Ariège, 86 ans

 

Inconnu du grand public, Alexandre Grothendieck a pourtant révolutionné le domaine de la géométrie algébrique. Sa vie est un roman.

 

Toute sa vie, il a cherché à éviter la lumière. Sa mort, hier, à Saint-Girons dans l’Ariège, à 86 ans, a également failli passer inaperçue. Cela aurait été dommage. Car la vie de ce mathématicien hors norme est incroyable. Qualifié par ses pairs de génie hors norme, de légende mathématique, il a révolutionné notamment le domaine de la géométrie algébrique.

Pris dans les rets du nazisme, apatride, anarchiste, antimilitariste, il n’en est pas moins à l’origine de l’Institut des hautes études scientifiques (IHES) de Bures sur Yvette et lauréat de la médaille Fields. Mais à la fin des années 1960, il tourne le dos à sa brillante carrière académique pour devenir un écologiste radical puis un ermite coupé de tous. Trois passions l’ont animé tout au long de sa vie, raconte-t-il, dans son autobiographie « Récoltes et semailles » : les mathématiques, la quête de la femme et la méditation.


Né à Berlin en 1928 d’un père juif anarchiste qui le reconnaît mais qui n’épouse pas sa mère, divorcée d’origine protestante et bourgeoise, le petit « Sacha » grandit dans les cercles radicaux de la capitale allemande jusqu’à ce que la montée du nazisme contraigne ses parents à quitter l’Allemagne. Direction l’Espagne où ils participent à la guerre civile au côté du front populaire tandis que lui est envoyé à Hambourg dans la famille d’un pasteur protestant.

La famille ne sera à nouveau réunie que brièvement. Au début de la guerre, son père est interné dans un camp dans l’Ariège puis à Auschwitz où il meurt en 1942. En 1940, Sa mère et Alexandre sont aussi emmenés dans un camp, à Rieucros en Lozère, mais ils en réchappent. Sacha va à l’école, francise son nom en Alexandre et réussit à finir ses études secondaires à Mende, sans éclat particulier.

Après la guerre, la mère et son fils s’installent près de Montpellier et c’est là qu’Alexandre entame une licence de mathématiques. Il n’y brille pas non plus. Mais un professeur est intrigué par cet étudiant qui lui assure avoir mis au point une méthode pour calculer des volumes complexes. Doté d’une lettre de recommandation, il se retrouve à Paris puis à Nancy, un bastion de l’analyse fonctionnelle à l’époque, pour préparer sa thèse sous la férule de Laurent Schwartz et Jean Dieudonné. En quelques mois, il apporte 14 réponses aux 14 énigmes sur lesquelles ces deux grands mathématiciens butent... A 20 ans, et en l’espace de quelques mois, Alexandre Grothendieck rédige l’équivalent de six thèses de doctorat. Sa réputation grandit.


S’ensuit une carrière universitaire brillante au CNRS en France puis au Brésil, faute de pouvoir rejoindre la fonction publique du fait de son statut d’apatride _ auquel il ne veut pas renoncer _ et aux Etats-Unis (Kansas, Chicago).C’est alors qu’il se tourne vers la géométrie algébrique, domaine qu’il va complètement refonder. Alexandre Grothendieck devient une légende, marquant les esprits par sa capacité hors du commun à généraliser, à dépasser le cas particulier pour tracer des pistes de recherches sur lesquelles travaillent encore aujourd’hui des centaines de mathématiciens.

Un industriel suisse Léon Motchane lui finance un écrin à sa mesure : l’Institut des hautes études scientifiques de Bures sur Yvette. Entre 1960 et 1967, il rédige les quatre premiers chapitres des « Eléments de géométrie algébrique », en collaboration avec Jean Dieudonné. En 1966, il reçoit la médaille Fields (la plus haute récompense en mathématiques) mais refuse de se rendre en URSS pour la recevoir.

Une fin de vie en ermite

C’est vers la fin des années 1960 que sa vie prend un nouveau tour. Anarchiste dans l’âme, Alexandre Grothendieck délaisse la carrière universitaire pour embrasser la cause écologiste. Il fonde le groupe « Survivre et vivre ». Au Collège de France, plutôt que d’enseigner les maths, il préfère dispenser un cours intitulé : « Faut-il continuer la recherche scientifique ? » Il n’est pas renouvelé... Avec sa compagne d’alors Justine Bumby, il fonde une communauté près de Paris avant de retourner près de Montpellier, où il enseigne à l’université jusqu’à sa retraite en 1988. Il s’installe ensuite dans l’Hérault, écrit encore quatre livres dont le plus célèbre est « Recoltes et semailles », une autobiographie d’un millier de pages qui ne trouve alors pas d’éditeur...

Un épisode qui renforce sans doute sa misanthropie. En janvier 2010, Alexandre Grothendieck écrit une note où il demande que son œuvre disparaisse des bibliothèques et que toute republication soit interdite. Non sans succès, il organise de son vivant sa disparition ne voulant même pas dévoiler le nom du village des Pyrénées où il mène une vie d’ermite jusqu’à sa mort, brouillé avec tout le monde. Il a eu six enfants.

Les Echos.FR

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