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Les plantes amies de la prostate

Publié le par M.Hermassi

 

Photo d'illustration.

Fréquente envie d'uriner obligeant à des réveils nocturnes, jet faible et difficulté à uriner ou, au contraire, mictions impérieuses... Après 50 ans, ces troubles concernent un homme sur deux et sont symptomatiques de l'hypertrophie de la prostate (ou adénome de la prostate), c'est-à-dire son agrandissement anormal. La prostate comprime alors la vessie et l'urètre, ce qui explique les gênes urinaires. L'adénome prostatique n'a aucun lien établi avec le cancer de la prostate, mais, non traité, il peut devenir invalidant et conduire à une obstruction urinaire et à des infections urinaires. Une intervention chirurgicale consistant en l'ablation partielle ou totale de l'organe est alors souvent proposée, entraînant la stérilité et souvent des problèmes d'érection. Pour éviter la chirurgie, les traitements classiques sont des inhibiteurs de la 5-alpha réductase (l'enzyme responsable de l'hypertrophie). Ces médicaments sont parfois contestés du fait de leurs effets secondaires (troubles sexuels, baisse de la libido, gynécomastie...). Aussi, pour accompagner des troubles bénins à leurs débuts, le recours aux plantes est une alternative intéressante. Cependant, l'automédication peut s'avérer dangereuse si elle n'est pas précédée d'un contrôle médical. En effet, les symptômes du cancer de la prostate sont proches de l'adénome et une visite chez le médecin ou chez l'urologue dès les premiers troubles urinaires permettra de s'assurer de l'absence de cancer.

Racines d'ortie

L'ortie dioïque ou grande ortie (Urtica dioica) est souvent citée pour ses vertus anti-inflammatoires et pour empêcher la croissance du tissu prostatique. Pour cette indication, c'est la racine qui est utilisée, surtout au début des troubles, car elle permettrait de ralentir l'évolution de l'adénome et de réduire la fréquence des mictions. Si la qualité des études scientifiques en la matière est parfois jugée insuffisante, la Commission européenne ainsi que l'OMS (Organisation mondiale de la santé) reconnaissent tout de même comme "cliniquement établi" son usage dans "le traitement des problèmes d'émission d'urine liés à l'hypertrophie bénigne de la prostate de légère à modérée, lorsque l'absence de cancer de la prostate est avérée". Le docteur Jean-Michel Morel, qui enseigne la phytothérapie à la faculté de Besançon, recommande les racines d'ortie sous forme d'EPS (en pharmacie) à raison d'une cuillère à café de 5 ml le soir avant les repas dans un verre d'eau. On peut aussi envisager de consommer les racines en décoction (15 minutes dans l'eau bouillante).

Palmier nain et prunier d'Afrique

Fréquemment associé à l'ortie, le palmier nain ou palmier de Floride (Serenoa repens Small), anciennement dénommé Sabal serrulata, est l'autre plante associée à la prostate et aux troubles de la miction en phytothérapie. Ce sont les fruits de ce petit palmier des États-Unis qui sont utilisés et présentés sous forme de médicament. Plus d'une dizaine d'études démontrent ses effets sur la fréquence des mictions (et des réveils nocturnes). L'écorce de prunier d'Afrique (Prunus africana) a une efficacité identique, mais ce grand arbre originaire de Madagascar serait en voie de disparition, et pour cette raison, il est préférable de se tourner vers le palmier de Floride.

L'épilobe

Cette belle fleur rose fréquente dans les Alpes paraît prometteuse pour traiter l'hypertrophie de la prostate. Le docteur Kurt Hostettmann, éminent chercheur en phytomédicaments, raconte comment il en a découvert les propriétés : "À l'âge de 65 ans, mon propre père avait des problèmes de miction et il refusait l'opération de la prostate qu'on lui proposait. J'avais pu lire que Maria Treben, une herboriste autrichienne, recommandait cette plante. Elle avait en effet observé dans des vallées retranchées d'Autriche qu'on la consommait en tisane, comme substitut de thé, et que les interventions chirurgicales de la prostate y étaient bien moins importantes qu'ailleurs. Cela ne reposait sur aucune étude scientifique, mais je proposai à mon père d'essayer. Ce qu'il fit. Matin et soir, il prit son infusion d'épilobe, et après trois à quatre semaines, ses mictions nocturnes diminuèrent nettement. Il n'eut plus jamais de problèmes de prostate jusqu'à sa mort près de vingt-cinq ans plus tard." Fort de cette première expérience, le docteur Hostettmann confia alors ce sujet de thèse de doctorat à l'un de ses jeunes collaborateurs. 

L'épilobe s'avéra effectivement efficace pour lutter contre l'adénome de la prostate, limitant le nombre de mictions, renforçant le jet urinaire et le débit, par le même mécanisme que celui des médicaments synthétiques actuels (inhibition de la 5-alpha réductase, l'enzyme responsable de l'hypertrophie). Les principes actifs de la plante sont essentiellement présents dans les tanins, qui sont solubles dans l'eau. D'où son efficacité sous forme de tisane (par exemple 20 jours par mois). Il existe plusieurs variétés d'épilobes, et celles recommandées sont les épilobes à petites feuilles (Epilobium parviflorum Schreb), car elles contiennent autant de principes actifs, mais moins de tanins, qui pourraient à la longue être irritants pour l'estomac. Certaines recherches laissent présager l'utilité de l'épilobe contre les cellules cancéreuses de la prostate, mais cela reste à confirmer. 

Enfin, les graines de courge sont également fréquemment citées pour diminuer les symptômes de l'adénome bénin de la prostate et sont très connues des Allemands pour cette propriété. On les trouve facilement dans tous les commerces, et si leurs vertus sur la prostate ne sont pas complètement établies, leur richesse en nutriments en fait un aliment santé intéressant à consommer quotidiennement.

Contre le cancer de la prostate : café et tomates

Nulle plante à ce jour ne peut accompagner ou soigner le cancer de la prostate. En revanche, en prévention, une vaste étude réalisée auprès de 48 000 personnes par le National Cancer Institute a pu établir qu'une consommation de 6 tasses de café par jour diminuait les risques de 60 % d'être atteint d'un cancer de la prostate. Bonne nouvelle, le décaféiné offre les mêmes vertus. Ce sont en effet les polyphénols du café, et non la caféine, qui lui confèrent ces propriétés préventives. Une étude analogue publiée par le même institut a également montré que consommer deux à trois fois par semaine des tomates cuites réduit d'un tiers les risques de développer un cancer de la prostate (par rapport à une consommation occasionnelle). Enfin, l'hygiène de vie demeure une prévention efficace : éviter l'exposition aux produits toxiques, dont les pesticides (les ouvriers agricoles seraient plus exposés à ce cancer), être actif et limiter la consommation de viande rouge, de charcuterie et de fromages gras, tout en privilégiant de larges rations de fruits, de légumes et de poisson.

LePoint.fr

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