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Pire que la fin du pétrole, la fin du phosphore

Publié le par M.Hermassi

Le phosphore pourrait disparaître d'ici une centaine d'années. Cette substance assez méconnue du grand public est pourtant indispensable à la vie.

Le phosphore est un constituant essentiel de nos os.

Atlantico : D'après l'IPCC (Intergovernmental Panel on Climate Change), relayé par la presse anglo-saxonne (voir ici), le phosphore devrait commencer à manquer d'ici un siècle. Pourtant les signaux d'alertes sont encore assez discrets. Concrètement, à quoi sert cet élément assez méconnu du grand public ?

Sylvain Pellerin : Le phosphore est un élément indispensable à la vie, à la fois végétale et animale. Il entre dans la composition de molécules essentielles comme les ADN/ARN, supports de l'information génétique, les ATP/ADP, molécules clés de l'énergétique cellulaire, ou encore les phospholipides, constituants des membranes. Chez les vertébrés, dont l'homme, c'est aussi un constituant essentiel de nos os. Ce qui rend cet élément essentiel, c'est qu'il est non substituable, c'est à dire qu'il ne peut absolument pas être remplacé par un autre.

Le phosphore est indispensable à la croissance des cultures et donc à la production alimentaire. Le phosphore du sol est issue de l'altération des roches. Il est prélevé par les racines des plantes à l'état ionique dissous et s'accumule dans les organes végétaux, notamment les graines. Chez l'homme, le phosphore est apporté par l'alimentation.

Que signifierait, aujourd'hui, une disparition pure et simple du phosphore ? Est-ce un scénario crédible ?

Le phosphore prélevé par les végétaux est exporté hors des parcelles agricoles via les récoltes. En l'absence de restitution, le sol s'appauvrirait peu à peu. C'est pourquoi des engrais phosphatés sont apportés. Il peut s'agir d'engrais organiques (fumiers, composts, etc...) ou d'engrais minéraux. Les engrais minéraux sont fabriqués à partir de roches phosphatées extraites dans des mines. On estime qu'au rythme de consommation actuel, ces gisements pourraient être épuisés d'ici un siècle environ. Si nous n'anticipons pas, la raréfaction de cette ressource pourrait avoir pour conséquence une baisse des rendements et de la production agricole mondiale et une hausse du prix des produits alimentaires. Les principales victimes en seraient les populations les plus pauvres.

Si à long terme, on doit craindre pour les ressources de phosphore, existe-t-il des risques à moyen terme ? Quelle est la répartition des ressources aujourd'hui et pourrait-elle poser problème ?

Le principal risque est géopolitique. Les réserves en phosphates sont réparties dans quelques pays seulement (Maroc, Chine, Jordanie, Syrie, USA,...). Les trois quart des réserves mondiales se trouvent au Maroc, notamment dans le Sahara occidental. D'ici quelques décennies, ce pays pourrait être en situation de quasi-monopole.

Aujourd'hui, quelles sont les solutions et les méthodes alternatives dont nous disposons pour nous passer de phosphore ?

On ne peut pas se passer de phosphore, mais on peut réduire notre dépendance aux engrais phosphatés de synthèse et donc aux importations de phosphore minéral. Il faut pour cela l'utiliser mieux, en raisonnant la fertilisation, et surtout le recycler davantage et éviter les pertes vers l'environnement. Une grande partie du phosphore consommé par les animaux est rejeté dans les effluents d'élevage, qui peuvent servir à fertiliser les sols. Le problème est que la spécialisation des régions agricoles, avec des régions d'élevage intensif d'un côté comme la Bretagne et des régions de grande culture sans élevage de l'autre, est un obstacle au recyclage. D'un côté on observe des excédents de phosphore (et d'azote) dans les régions d'élevage intensif, avec des conséquences négatives sur l'environnement, et de l'autre il faut utiliser des engrais minéraux pour fertiliser les sols dans les régions de grande culture. Il faut imaginer des solutions permettant un meilleur recyclage. Une quantité non négligeable de phosphore se trouve aussi dans les déchets urbains et dans les boues de station d'épuration, qu'il faudrait recycler davantage.

 

Atlantico.fr

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